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Glanage et grapillage luttent contre le gaspillage

fiche_exemplaire
expérience
exemplaire

Au Maquis

Avenue de la Gare
84360 LAURIS
Illustration de l’opération :

Glanage de cerises

(Crédits de l'image : Au Maquis)

contexte

Le projet s’inscrit dans le cadre de la lutte contre le gaspillage alimentaire par une action de « glanage territorial » qui s’entend comme toute action de collecte mise en place par un groupe organisé d’individus qui consiste à ramasser (au sol), cueillir (dans les arbres) et récupérer (dans des espaces de stockage) des surplus de fruits et de légumes pour lesquels leur propriétaire n’a pas été en capacité de trouver des débouchés, en vue de les utiliser de manière « brute » ou de les transformer pour les consommer, les redistribuer sous forme de don ou les revendre. »

La pratique de glanage, est née Au Maquis, depuis ses débuts, par «réflexe anti-gaspillage», les membres de l’association se sont mis à cueillir les fruits qu’ils voyaient pourrir sur les arbres autour d’eux. le double constat suivant a été fait :

1. les vergers abandonnés sont nombreux en Luberon et les personnes potentiellement intéressées par ce type de cueillettes collectives le sont elles aussi.

2. Par ailleurs, l’ancrage progressif de l’association sur son territoire et les multiples rencontres que suscitent ses activités en lien avec le milieu agricole lui ont donné à voir d’autres formes de gaspillage alimentaire, auquel le glanage apporte des éléments de réponses. Il s’agit là de la problématique des surplus agricoles. Au-delà de constituer un gaspillage « à la source » qui pourrait être sinon évité au moins diminué, ces situations de surplus peuvent mettre en difficulté (économique mais aussi psychologique) le paysan qui a investi dans la culture concernée.

Pouvoir apporter un soutien ponctuel et collectif face à une difficulté rencontrée par un paysan qui, tout au long de l’année, participe à la sécurité alimentaire locale, constitue en effet une forme de solidarité entre producteurs et consommateurs/ « mangeurs ».

L’objet social de l’association Au Maquis vise, entre autres, la valorisation et le soutien d’une agriculture locale, paysanne et respectueuse de l’environnement, ainsi que la promotion d’initiatives citoyennes pour la ville et la campagne, notamment par la pratique de l’éducation populaire. Le « glanage territorial » se situant à la croisée de ces thématiques, il nous a semblé pertinent de réfléchir aux possibilités de développement d’une telle activité au sein de l’association.

objectifs et résultats

Objectifs généraux :

Objectifs généraux : contribuer à la baisse du gaspillage alimentaire par le glanage à la source, la rencontre des acteurs et la sensibilisation sur notre territoire élargi, de la ville à la campagne.

 

Objectifs spécifiques :

- « Glaner » des produits alimentaires chez des producteurs et propriétaires pour diminuer le gaspillage alimentaire à la source

- Faire des dons à des organismes sociaux à la recherche de produits frais

- Valoriser une partie des récoltes via la commercialisation dans le cadre du café associatif de l’association

- Tisser des liens et permettre une meilleure connaissance de l’agriculture auprès de publics éloignés du milieu rural, favorisant ainsi des formes diverses de solidarités entre glaneurs et paysans, ville et campagne.

- Rendre visible le rythme saisonnier des fruits et légumes locaux, contribuant ainsi à une meilleure compréhension des enjeux liés au développement de circuits courts alimentaires

- Encourager la (re)découverte de fruits et légumes délaissés, porteurs de savoirs traditionnels (recettes, usages anciens, transformation, entretien des arbres, etc.). Favoriser la transmission de ces savoir-faire, via l’entretien collectif de certains champs ou l’animation d’ateliers de cuisine, de transformation…

- Favoriser l’accès à une alimentation saine pour tous, reconnue comme bien commun…

- Capitaliser cette action de glanage territoriale dans le but de l’essaimer. Et être à l’écoute de tout projet pouvant émerger de cette action.

Objectifs quantitatifs :

pour 2018/2019 :

- Organiser entre 50 et 70 journées de « glanage » et activités de transformation (soit une 30aine par an)

- Récolter entre 5 et 7 tonnes de fruits et légumes « délaissés » en 2018/2019

- Faire don à des associations sociales d’1 à 2 tonnes de fruits et légumes frais

- Transformer les fruits en jus 1000 litres de jus qui seront commercialisés via le Café Villageois

- Mobiliser environ 1000 participations sur 2 ans, soit entre 300 et 400 personnes différentes (certains participent plusieurs fois)

- Mobiliser 5 à 10 partenaires sociaux

- Mobiliser une 20aine de producteurs et propriétaires

- organiser 2 à 4 événements sur le thème du glanage : sensibilisation et célébration

 

Résultats quantitatifs :

65 journées d’action, de cueillettes de fruits et légumes délaissés dont 13 jours de transformation

6,4 tonnes de fruits et légumes récoltées

3,8 tonnes de fruits et légumes donnés à des associations et habitants

2,6 tonnes transformées en jus de fruits valorisés

16 lieux de cueillette (dont 10 paysans.nes, 5 propriétaires et des champs en friche)

451 participants, habitants du territoire Lauris et alentours et membres d’associations partenaires de Cavaillon, Apt…)

2 événements « fête du glanage »

Résultats qualitatifs :

- des liens entre les agriculteurs partenaires et les habitants et associations pour une meilleure connaissance des enjeux

- la sensibilisation des agriculteurs et des glaneurs sur le gaspillage alimentaire, à la source et la valeur des produits paysans, le rythme des saisons, l'agriculture locale et saine.

- des liens entre les participants, habitants du territoire

- de la joie de cueillir et manger des fruits, une bouffée d'air, du partage pour les cueilleurs enchantés de ces journées au vert

- une solution territoriale réactive et adaptée aux besoins des agriculteurs et leurs envies de solidarité

- la qualité des jus de fruits réalisés avec des fruits mures et la distribution de ces jus lors d'ateliers et d'événements

- du plaisir pour les bénéficiaires de l’aide alimentaire d’avoir accès à des produits frais, ramassés en solidarité et anti-gaspi

 

Mise en oeuvre

Description de l'action :

1. Mise en place du projet glanage avec les partenaires 

Temps de concertation et de construction de l’action avec les participants des années précédentes et les nouveaux selon l’Approche Orientée Changement (AOC).

 

2. Mobilisation des producteurs et propriétaires : coopérations

communication, mobilisation et mise en place de partenariats avec les producteurs et propriétaires identifiés. Une 20aine d’agriculteurs et de propriétaires ont été rencontrés pour construire une méthode d’organisation de glanage.

 

3. Mobilisation des glaneurs-ses

L’association travaille avec plusieurs types de « glaneurs » et donc selon plusieurs approches de mobilisation avec un objectif de rassembler des publics de divers horizons et sur un territoire élargi : publics des villes aux alentours, notamment, via des partenariats.

Les associations sociales partenaires mobilisées en 2018/2019 :

- L’association Le village pour la mobilisation de ses publics et la co-construction d’actions de glanage communes, le Centre d’Accueil des Demandeurs d’Asile. le Secours Populaire de Lauris mobilisation des familles adhérentes, glanage et dons alimentaires des récoltes, les familles de ses 2 quartiers prioritaires de Dr Ayme à Cavaillon et Saint Michel à Apt. Glanage et partage des fruits dans le quartier, les centre sociaux partenaires ont aussi été informés des actions de glanage de l’association à Apt, Cavaillon ou Roussillon. association Al’Manba , Lou Partage, Pause Café… pour ma mobilisation de leurs publics.

Les habitants du territoire : Au Maquis a mobilisé les publics de son territoire en communiquant à son réseau d’adhérents du Café villageois essentiellement via sa newsletter (2000 personnes) et ses flyers. Mais aussi pour attirer de nouveaux publics, en mettant des affiches dans les villages aux alentours.

 

4. Planification des cueillettes

Certaines cueillettes ont été planifiées à l’avance grâce aux partenariats mis en place en amont : cerises, olives, pommes, poires, kaki avec les propriétaires et agriculteurs identifiés. Peu à peu un planning mensuel est mis en place pour que les structures sociales puissent s’y greffer. Beaucoup de cueillettes ont été organisées au coup à coup : les invitations avec l’association Le Village, les appels de derniers moments avec des agriculteurs qui n’avaient pas prévu un gaspillage en amont, de nouveaux agriculteurs ou propriétaires rencontrés au fur et à mesure, des nouveaux « plans » rapportés de la part des glaneurs, dans leur village, ou quartier…

Certaines de ces cueillettes se sont organisées quelques jours avant ou parfois la veille, pour répondre à l’urgence de l’appel. Ces types de cueillettes demandent une grande adaptation, au dernier moment mais l’association ne dit jamais « non » à une intervention possible.

 

5. 52 journées de cueillette organisées

Rassemblant plus de 450 participants, mobilisés pour découvrir, cueillir, partager, se rencontrer et ensemble lutte contre le gaspillage alimentaire à la source. Cerises, pommes, poires, tomates, aubergines, olives, pois chiche, noix, raisin, kakis ou même framboise !

Publics : les récoltes ont été réalisées par des publics différents à chaque fois, familles du Sud-Luberon, ou des quartiers prioritaires de Cavaillon ou d’Apt, adhérents à des associations ou centres sociaux. Le nombre de « glaneurs.nes » est estimé en amont, en fonction de la quantité de travail. Il est ensuite réparti en fonction des structures partenaires et habitants pour favoriser la mixité des publics.

Déroulement de la journée

Accueil : un temps important est réservé à l’accueil des participants, la rencontre entre eux, l’explication de la raison du glanage du jour, la rencontre avec le paysan.ne ou le propriétaire, les règles de sécurité, la présentation du matériel et du procédé de la récolte. Un temps de sensibilisation sur les saisons, l’agriculture locale et les enjeux de l’agriculture. Le temps du repas ou goûter est aussi un temps pour revenir sur ces notions dans une ambiance conviviale.

La répartition des récoltes : Tout d’abord les participants procèdent au compte du nombre de Kg récoltés dans la séance. Ensuite, pour chaque séance, les participants ont fait ensemble la répartition des récoltes. Celle-ci varie en fonction des fruits/légumes glanés, en fonction de l’accord passé avec le produteur/propriétaire et des besoins des participants et associations caritatives. Globalement 4 destinations ont été réalisées :

- une part pour chaque « glaneur » à ramener chez soi

- une part pour des associations caritatives de dons

- une part pour l’association Au Maquis qui va transformer ces produits en jus de fruits, bocaux ou en restauration pour son café associatif « le Café Villageois » de Lauris.

- une part pour le producteur et sa famille après transformation peut être prévue

Dons aux associations caritatives locales : les cueillettes ont permis de réaliser 3,8 tonnes de dons aux habitants et associations suivantes : Resto du Coeur de Cavaillon, Secours Populaire de Lauris, association Al Manba de Marseille, CADA de Cavaillon, quartiers prioritaires de Cavaillon et Apt, associations d’accueil de réfugiés dans les Hates-Alpes. Les partenaires caritatifs ont exprimé une grande satisfaction à bénéficier de produits frais, aliments dont ils manquent la plupart du temps.

 

6. Transformation des produits récoltés

Quand il est possible, une bonne part des produits est transformée pour limiter les pertes et permettre une meilleure valorisation.

- Transformation des pommes, poires, raisin, coings, cerises en jus, grâce à 2 entreprises partenaires

Au total, c’est 2,6 tonnes de fruits qui ont été transformés.

Ces jus ont ensuite 2 destinations : une partie est vendue en verre de jus » pour le café associatif Café Villageois de Lauris, une autre partie est distribuée en « verre de jus » aussi lors des ateliers hebdomadaires dans les quartiers prioritaires, lors des événements d’au Maquis, les réunions, les repas solidaires...

D’autres transformations ont été réalisées :

- bocaux de coulis de tomates au profit des glaneurs et du Café Villageois. Bocaux réalisés dans une cuisine collective avec les glaneurs eux-mêmes et des bénévoles du café.

- bocaux de caviar d’aubergines pour la consommation propre des glaneurs.

- séchage de figues, kaki, tomates, poires… à destination des glaneurs et des bénévoles de l’association.

Ces temps de transformation sont l’occasion d’échanges pédagogiques et conviviaux avec les glaneurs, dans une logique de valorisation des pratiques et savoirs traditionnels liés à l’alimentation. Ces transformations sont encouragées afin de valoriser au mieux les produits récoltés et de les conserver sur le moyen terme.

 

7. Temps de sensibilisation et de célébration autour du glanage

L’association a organisé 2 fêtes du glanage, rassemblant les partenaires de l’action, les participants, et plus largement le grand public pour un temps de partage, de célébration, de fédération des acteurs et de diffusion de l’information.

- la fête de la framboise en 2018 a rassemblé une 40aine de personnes autour d’une grande session de glanage et de transformation de framboises, chez un des agriculteurs partenaires.

- le temps fort sur le glanage, organisé lors de la Journée à la ferme, dans le cadre du Festival VIVANT 2019. une centaine de participants à la fête ont pu partager des recettes et jus issus du glanage, une expo photo, un stand et un temps de présentation de l’action réalisé par des participants des structures sociales et habitants du territoire.

Planning :

Mars/avril : mise en place de la capitalisation, co-construction avec les partenaires

Mai : mobilisation des publics, partenariats et communication

De mai à  novembre : mobilisation et organisation de journées de glanage, de transformation

Organisation de fêtes du glanage

Décembre : temps de concertation évaluation bilan

Moyens humains :

L'essentiel des dépenses de ce projet a été consacré aux moyens humains pour un total  d'un peu plus de 0.5 ETP sur 2 ans.

Ce temps a été consacré à la conception, la coordination, la mobilisation, la communication et le montage de partenariat en amont.

Puis à l'animation par 2 animateurs (voir 3 pour les grosses journées) de 52+13 journées de glanage et transformation

Et les temps de suivi, évaluation et capitalisation du pojet.

Moyens financiers :

Les moyens financiers se sont découpés entre autofinancement (+10%) et subventions et valorisation du bénévolat pour toutes les actions.

Les partenaires financiers : ADEME/CR PACA la CAF, le FONJEP et l'ARS

Moyens techniques :

Les moyens techniques se sont centrés sur :

- des achats de matériels, de fournitures, petit équipement...

- des moyens de publicité, de déplacements, assurance, entretien...

- la réumnération des partenaires transformateurs (jus)

Partenaires moblisés :

Partenaires pour la mobilisation des producteurs : association CIVAM et ADEAR, Solidarité paysannes, MSA

10 paysans/paysannes

5 propriétaires de champs en friche

Partenaires sociaux pour la mobilisation, l'accompagnement des équipes de cueilleurs : Le Village, Secours Populaire, CADA, Centres Sociaux (Apt et Cavaillon), familles des quartiers d'action d'Au Maquis (Dr Ayme à Cavaillon et St Michel à Apt), associations de dons (Secours populaire, Resto du Coeur, Al Manba)

 

 

 

valorisation de cette expérience

Facteurs de réussite :

la démarche de coopération avec les producteurs ou les propriétaires qui se tissent sur les années. Un travail de prise en compte de leurs enjeux, difficultés et frustrations vis à vis de ces gaspillages à la source : la construction d’une coopération qui a du sens pour eux et qui trouve un débouché pour continuer leur mission d’alimenter les habitants.

La proximité. A part quelques actions ponctuelles en dehors de notre territoire, les actions que nous avons menées se sont faites dans un périmètre réduit. Lauris et les villages alentours où il y a à la fois une belle activité agricole diversifiée et de nombreux champs en friche. Nous pensons que ce type d’actions de glanage territoriale a du sens dans la proximité, mettant en lien les agriculteurs et les cueilleurs et évitant les transports non écologiques. Cela permet d'être très flexible, s'adapter à chacun, d'être réactif du jour au lendemain et de favoriser les liens.

Les liens : notre manière de lutter contre le gaspillage se tisse dans la convivialité, dans le lien entre les participants et avec les agriculteurs ou propriétaires.

L'éducation à l’alimentation locale et saine : nos récoltes sont exclusivement en bio ou « sauvage », afin d’aborder simplement la question de la santé. Les cueillettes au fil des saisons ont permis aux participants de connaître les fruits et légumes de saison, de mieux comprendre le travail des producteurs et de donner envie de les soutenir.

La transformation et le partages de savoirs : certaines cueillettes se sont suivies de séances de transformation : jus, séchage, bocaux. Ces temps collectifs sont encore l’occasion de se transmettre des savoirs, d’apprendre des techniques et de sensibiliser sur les saisons et l’importance des moyens de conservation.

Le partage entre les participants et avec les associations caritatives

Le plaisir de la formule, tout simplement ! Le plaisir pour beaucoup d'habitants de sortir de la ville ou du village et d'aller dans la nature ou dans une ferme. Le plaisir de cueillir des fruits mûrs et les manger sur l'arbre et de partager ça en famille ou avec de nouveaux voisins, au rythme des saisons !

Difficultés rencontrées :

> La difficulté de mobiliser de nouveaux agriculteurs, via les réseaux. Etant très occupés, les temps de mobilisation sont limités. Le partenariat avec les producteurs mobilisés les années précédentes a favorisé le bouche à oreille, l'exemple pour trouver de nouveaux partenaires

> La réactivité nécessaire pour répondre aux besoins, aux pics de productions... les paysans.nes prévenant parfois la veille pour le lendemain, ne pouvant anticiper.

> La difficultés de trouver les propriétaires de champs en friche depuis des dizaines d'années

> La difficulté de faire les équipes de cueilleurs en fonction des jours dispo et lorsqu'il y a peu de temps

Recommandations éventuelles :

Un travail de capitalisation est en cours de finalisation et permettra de définir les bonnes pratiques autour de cette action, les difficultés et les réponses mises en place. Ce travail sera disponible courant 2020.

> la flexibilité est une des clés de l'action

> la coopération sur le long terme avec les producteurs et les glaneurs

> le lien de cette action avec d'autres actions menées par l'association (café associatif, marché paysan, magasin de producteurs, actions de liens dans les quartiers, à la maison commune, au cada...)

> des équipes de cueilleurs diversifées pour permettre les liens

> un bon matériel, adapté pour tous (enfants, personnes en situations de handicap...) et/ou des missions différentes sur les journées pour permettre à tou.te.s de trouver sa place.