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Cueillettes Solidaires en Provence

Association Le VIllage

Mas de la Baronne – BP 10056
84302 CAVAILLON
Illustration de l’opération :
Reportage illustration cueillettes

Les Cueillettes Solidaires en Provence

(Crédits de l'image : Reportage illustration Malika Moine - Association Le Village)

contexte

Crée en 1993 à Cavaillon, dans le Vaucluse, l'association Le Village est un lieu d’hébergement, de réinsertion sociale et professionnelle de personnes en grandes difficultés pour leur permettre de sortir des situations de précarité dans lesquelles elles se trouvent et de parvenir à une autonomie de vie. L’aide alimentaire est un des moyens d’action de l’association.

Pourquoi les Cueillettes Solidaires en Provence est né sur le territoire ? :

1 - Pour des raisons économiques : l'activité agricole est le premier secteur économique sur le territoire Sud Vaucluse et le gaspillage représente un coût économique conséquent. La FAO indique qu’un tiers de la part comestible des aliments destinés à la consommation humaine est gaspillé entre le champ et l’assiette. Selon les actes du colloque 2013 CRESS/ARS PACA : le coût complet des déchets alimentaires (production, gestion, traitement) est de l’ordre de 500 euros par an et par foyer.

2 - Pour des raisons environnementales : les impacts sont considérables tout au long de la chaîne, du champ à l’assiette. Le gaspillage alimentaire devrait atteindre 126 millions de tonnes en 2020, soit une augmentation de 42%. En 2020, l’estimation se situe à 70 millions de tonnes équivalent-CO₂ supplémentaires, soit un total de 240 millions de tonnes équivalent-CO₂ (Actes du colloque 2013 CRESS / ARS PACA).

3 - Pour des raisons sociales :

- Taux de pauvreté important : selon l'INSEE, le Sud Vaucluse est le département de la région où le taux de pauvreté est le plus élevé (19,3%).

- Sécurité alimentaire : plus de 3,5 millions de personnes ont eu recours à l’aide alimentaire en 2010 alors que de la nourriture est perdue tout au long de la chaîne alimentaire.

Selon l’enquête menée par Médecins du Monde en juin 2014 et réalisée sur 7 Centres d’accueil et de soins en France (346 personnes interrogés à Bordeaux, Lyon, Marseille, Paris Saint-Denis, Strasbourg) :

  • Plus de 50 % des personnes déclarent avoir souvent ou parfois pas assez à manger

  • 78 % des foyers sont en insécurité alimentaire pour raison financière dont la totalité des foyers à la rue, en bidonville ou en squat

  • Les personnes dépensent en moyenne 2,5€/personne et par jour pour se nourrir

  • 7,6 % des foyers ont recours au glanage pour subvenir à leurs besoins.

Par ailleurs, l'étude exploratoire menée par Le Village (voir document joint) auprès du public impliqué dans l'atelier « Vie Quotidienne » du Chantier d'Insertion, ainsi que l’accueil, depuis plus de 20 ans, d’un public précarisé, a permis d'identifier plusieurs facteurs, outre le facteur économique, cause d'un déficit d'alimentation saine :

  • un manque d'information sur le système de production et distribution de l'alimentation

  • un manque d'information sur les besoins nutritionnels

  • une perte des savoirs faire culinaires

  • une dévalorisation de la cuisine perçue comme une contrainte

  • une dévalorisation de l'alimentation non industrielle.

4 - Pour des raisons de besoin du consommateur : demande de consommation de produits transformés bio et local, et donner du sens à ses achats par des produits solidaires.

objectifs et résultats

Objectifs généraux :

L'association Le Village développe depuis 2017 le projet des « Cueillettes Solidaires en Provence » qui a pour objectif général de contribuer au développement d'une alimentation durable :

1 - Contribuer à la diminution du gaspillage alimentaire ciblé sur les fruits et légumes non récoltés dans les champs et vergers sur le territoire du sud Vaucluse

2 - Améliorer l'accès pour les populations défavorisées du sud Vaucluse à une alimentation saine et locale.

Résultats quantitatifs :

Les résultats atteints sont les suivants :

1 - Les fruits et légumes non récoltés dans les champs et vergers sont récupérés par des cueillettes collectives :

- Total des produits récupérés à 15 029 kg en 3 ans

- Le nombre de participation aux cueillettes est de 352 personnes

- Le nombre de cueillettes effectuées : 78

- Nombre d’associations ou structures partenaires : 6

- Nombre d’agriculteurs : 19

2 - Les fruits et légumes récupérés sont valorisés par la distribution et par un atelier de transformation :

- Une partie des produits récoltés a été transformé en jus de fruit par le pressoir mobile Jus Pur Lub et Label Vers (Carpentras).

Les jus obtenus ont été commercialisés dans le réseau : résidents du Village, accueillis, salariés, adhérents du Village. Des prix standards et des prix solidaires sont pratiqués.

Depuis 2017 : Quantité produits transformés : 6 205 kg et Quantité de produits finis : principalement des jus, mais aussi soupes de courges, coulis de tomates et confitures : 1 993 litres.

- Atelier de transformation : Parallèlement aux recherches menées pour l’étude de faisabilité, l’atelier est sorti de terre, construit en écoconstruction, par le chantier d’insertion : la dalle, la structure bois, l’isolation et le toit sont en place. Sa construction sera finalisée début 2020.

3 - La consommation de fruits et légumes frais, bio et locaux par des publics en situation de précarité alimentaire est favorisée :

- Sur les 15 029 kg récoltés, 8 705 kg de fruits et légumes bio et locaux ont été distribués (le reste a été transformé) aux cueilleurs, aux salariés en insertion, à la cantine, à l'accueil de jour et à l'accueil d'urgence du Village ainsi qu'au CADA-Adoma (centre d'accueil des demandeurs d'asile), au Centre social Passerelle (ex. LIP) ainsi qu'au Restaurant du cœur et au Secours Cavare à Cavaillon, 2 organismes de distribution alimentaire.

- Différentes actions de sensibilisation ont été menées :

. Fête du glanage et du pois chiche, journées à la ferme, soirée spéciale "Cueillettes Solidaires" pendant la fête du Village avec présentation et échange sur les cueillettes et projection du film "Taste the waste" sur le gaspillage alimentaire, fête de l'agriculture paysanne.

. Huits ateliers cuisines menés en collaboration avec les équipes de la Maison Commune et de l’association Au Maquis grâce à sa cuisine mobile.

. Réalisation du projet porté par le Parc Naturel Régional du Lubéron et le Civam, initié en 2017 dans le cadre du Plan Alimentaire Territorial (PAT) : création d’un jeu "Les circuits au long court" en 3 volets dont l'objectif est de sensibiliser le public en situation de précarité à la consommation locale et de qualité sur le territoire du Luberon.

Résultats qualitatifs :

Les cueillettes sont des moments de convivialité et de lien avec un impact social conséquent :

1 - Echanges : Les personnes présentes aux cueillettes sont souvent dans des situations d’isolement et concentrées au quotidien sur leurs difficultés. Les cueillettes leurs permettent un instant de sortir de cela et d’échanger avec des inconnus qui vivent des difficultés similaires et sont d’origines diverses.

Une ouverture d’esprit très forte se crée à chaque cueillette. La présence répétée sur plusieurs cueillettes engendre une réelle détente, une évolution de chacun, et une compréhension mutuelle. Des liens d’amitié se créent également.

Les échanges avec les agriculteurs accueillant chez eux les cueilleurs sont très riches humainement. Ils permettent aussi parfois de comprendre les difficultés que peuvent avoir les agriculteurs pour vivre de leur travail.

2 - Nature : Se retrouver dans un endroit calme, entouré de nature hors de la ville, apaise les cueilleurs vivant dans la rue, en squats, isolés en ville ou dans des conditions de logements précaires.

Cueillir des fruits et des légumes est très stimulant, retrouver le contact avec la terre est bénéfique et se révèle d’autant plus enrichissant pour les cueilleurs migrants glanant les fruits de la terre qui les accueillent. De nombreuses études (Japon, Etats-Unis, France) ont démontré les bienfaits pour la santé et l’apport psychologique et social d’un contact avec la nature.

3 - Travail : Cette action donne un cadre de travail aux cueilleurs : respect des horaires de départ, cueillettes des fruits et légumes, travail en groupe, et respect des consignes données par l’agriculteur accueillant.

Il peut s’agir pour certain d’une reprise d’activité après un temps long. Il se met alors en place une prise de conscience que les difficultés personnelles doivent être résolues et des démarches sociales entreprises dans l’objectif et la volonté d’accéder à un chantier d’insertion ou un emploi.

4 - Convivialité : Se retrouver soudainement dans un environnement inconnu peut déstabiliser les cueilleurs et les obligent à aller vers les autres. Le trajet ensemble dans le camion donne lieu aussi à des échanges.

Le pique-nique dans la nature est un moment de convivialité. Les cueilleurs échangent un repas, rient, jouent, chantent, se confient et racontent des moments de leurs vies parfois douloureux.

Mise en oeuvre

Description de l'action :

Le projet « Cueillettes Solidaires en Provence » propose 3 actions :

1 - Glanage de fruits et légumes récupérés auprès des agriculteurs bio au lieu d’être jetés avec les personnes accueillies au Village et des migrants. La redistribution des produits du glanage est faite auprès des cueilleurs, des personnes en chantier d’insertion au Village, des résidents sociaux du Village et d’associations locales.

L’activité a nécessité l'indentification et la mobilisation de deux réseaux : celui des agriculteurs biologiques proposant de récolter leurs écarts de production et celui des cueilleurs composé de résidents, salariés, adhérents du Village ainsi que d'adhérents d'associations partenaires. Ces réseaux ont été mis en lien lors de l'organisation des cueillettes.

2 - Création d’un atelier de transformation sous forme de chantier d’insertion.

Nous avons réalisé une étude comparative auprès de 19 ateliers, un rapport technique sur le fonctionnement d’un atelier de transformation en chantier d’insertion et une étude de marché. L’étude de faisabilité financière a été finalisée en mai 2019 avec une analyse plus précise sur les aspects techniques et financiers des différents modes de transformation envisagés ainsi que par un business plan sur 3 ans. Les produits vendus en circuit-court auront les caractéristiques anti-gaspi, bio, local et solidaire.

3 - Sensibilisation à une alimentation bio et saine : ateliers de discussion et de dégustation, participation festive, jeux réalisé par le projet porté par le Parc Naturel Régional du Lubéron et le Civam, et échanges de recettes lors des distributions du glanage.

Ce projet fédère de nombreux partenaires locaux impulsant une réelle dynamique locale, économique et solidaire.

Planning :

- Fin 2016 : Constitution du réseau de Cueilleurs et d'agriculteurs et démarrage des cueillettes.

- 2017 : Augmentation de l'activité des Cueillettes et projet de l'atelier de transformation avec début des études de faisabilité.

- 2018 : Continuation de l'action et développement de l'action de sensibilsation à une alimentation saine et durable.

- 2019 : Cueillettes, distribution et transformation de fruits variés en jus, et finalisation de l'étude de faisabilité et construction de l'atelier de transformation.

- Suite du projet : Finaliser l'éco-construction de l'atelier et son aménagement, créer des recettes, développer la commercialisation, puis mise en activité : fruits et lègumes séchés, chutneys, Pickles, Jus de fruits.

Moyens humains :

Une animatrice 30h par semaine : Cueillettes, atelier de transformation et sensibilisation.

Une coordinatrice et secrétariat administratif.

Moyens financiers :

Partenaires financiers : Ademe et Région

Partenaires moblisés :

Partenariats opérationnels :

- Le CADA (centre d’accueil des demandeurs d’Asile) de Cavaillon : des résidents du CADA participent régulièrement aux cueillettes et des distributions aux résidents du CADA sont faites régulièrement.

- L'association Au Maquis : cueillettes communes et actions de sensibilsation.

- Jus Pur Lub et Label Vers pour la transformation des produits du glanage.

- Agribio84, le CIVAM, l’ADEAR, Solebio et Solidarité Paysan ont diffusé les informations sur l’action des Cueillettes Solidaires auprès de leurs adhérents et de nombreux échanges ont lieu.

- Association La Passerelle à Cavaillon lors de la distribution des produits du glanage.

- La Biocoop de Cavaillon a organisé une journée de don militant pour soutenir le projet d’atelier de transformation du Village.

- Le Parc Naturel Régional du Lubéron : participation et implication au Plan Alimentaire Territoriale.

valorisation de cette expérience

Facteurs de réussite :

L'originalité de l'action réside dans  la valorisation de déchets agricoles pour le bien-être de tous. L'action est anti-gaspi, solidaires, local et bio.

La mobilisation fréquente de tous les acteurs est la clé de réussite de l'action. La réactivité et l'adaptabilité sont indispensables à la réussite de l'action. L'évaluation et l'évolution des pratiques permettent à l'action de continuer dans le temps. La création de l'atelier de transformation en est un des atouts.